Témoignages 28 août 2025 · 8 min de lecture

Sophie, nageuse hivernale au Léman

Sophie, 47 ans, nage dans le Lac Léman toute l'année. Portrait d'une passionnée de nage en eau froide à Lausanne.

Nageuse hivernale sortant du Lac Léman avec les Alpes en arrière-plan

Sophie a 47 ans, elle est enseignante à Lausanne et mère de deux adolescents. Depuis trois ans, elle nage dans le Lac Léman toute l’année — y compris en janvier, quand l’eau descend à 5°C. Ce qui a commencé comme un défi personnel est devenu une passion dévorante et une transformation profonde. Portrait d’une femme ordinaire devenue adepte de la cryothérapie naturelle et nageuse extraordinaire.

La genèse : un été, un pari

« Tout a commencé en juillet 2022, par un été caniculaire à Lausanne. Je nageais régulièrement à Bellerive ou à Vidy, comme beaucoup de Lausannois. Un soir, en discutant avec une collègue, elle m’a dit qu’elle continuait de nager en octobre. “Et pourquoi tu t’arrêterais ?” m’a-t-elle demandé. Cette question simple a planté une graine.

En septembre, l’eau était encore à 18°C. En octobre, 14°C. En novembre, 10°C. Chaque semaine, la température baissait, et chaque semaine, je me disais “encore une fois”. L’adaptation était graduelle, presque imperceptible. Mon corps s’habituait. Et un matin de décembre, je me suis retrouvée à nager dans le Léman à 7°C, sous un ciel gris et une pluie fine, avec un sourire idiot sur le visage. »

L’hiver : la saison de la vérité

Le premier hiver (2022-2023)

« Mon premier hiver complet de nage a été un voyage initiatique. En janvier 2023, l’eau du Léman est descendue à 5,2°C au bord. Les sensations sont difficilement descriptibles pour quelqu’un qui n’a jamais expérimenté ça.

Quand vous entrez dans l’eau à 5°C, votre corps entier se rebelle. La peau brûle, les poumons se contractent, le cœur s’emballe. Pendant les 30 premières secondes, chaque cellule vous supplie de sortir. Et puis, progressivement, le calme revient. Le corps s’adapte. La douleur se transforme en intensité, et l’intensité en présence.

Je ne nageais que 3-5 minutes en plein hiver. Certains jours, je ne faisais que m’immerger et rester immobile, en savourant cette sensation unique d’être vivante, pleinement, intensément vivante.

La sécurité en eau froide était ma priorité absolue. Je ne nageais jamais seule : toujours avec ma collègue ou avec le groupe de nageurs hivernaux de Lausanne. Toujours un sac étanche avec des vêtements chauds à portée de main. Toujours un téléphone dans un sachet waterproof sur le rivage. »

Le retour du printemps

« Quand le printemps arrive et que l’eau remonte à 10°C, on se sent invincible. Ce qui semblait glacial en novembre paraît tiède en mars. Le corps a changé — littéralement. Ma tolérance au froid s’est transformée. Je ne frissonnais plus dans la rue par 5°C, mon chauffage à la maison était réglé 3 degrés plus bas, et je ne portais presque plus de manteau jusqu’à 0°C. »

Les bienfaits : corps et esprit

La ménopause apprivoisée

« À 44 ans, quand j’ai commencé, les premiers signes de la périménopause étaient déjà là : bouffées de chaleur, troubles du sommeil, sautes d’humeur. La nage hivernale a eu un impact remarquable sur ces symptômes.

Les bouffées de chaleur ont diminué en fréquence et en intensité. Mon sommeil s’est amélioré — je m’endors plus facilement et me réveille moins souvent la nuit. L’humeur s’est stabilisée. Je ne dis pas que le froid et l’eau froide ont résolu tous les défis hormonaux, mais ils ont considérablement lissé la transition. D’autres femmes du groupe rapportent des expériences similaires, ce qui rejoint les observations de l’article sur les bienfaits du bain froid pour les femmes. »

La confiance en soi

« Quand vous sortez d’une nage à 5°C dans le Léman un matin de janvier, les défis quotidiens semblent plus légers. Une réunion difficile avec la direction de l’école ? J’ai nagé dans la glace ce matin. Un parent d’élève agressif ? J’ai nagé dans la glace ce matin. Ce n’est pas de l’arrogance — c’est une confiance calme, fondée sur l’expérience de dépasser ses limites. »

L’énergie et la vitalité

« Je n’ai pas été malade une seule fois pendant les trois derniers hivers. Pas un rhume, pas une grippe. À l’école, quand tous mes collègues tombent en décembre et en février, je suis la dernière debout. Est-ce uniquement le bain froid ? Probablement pas — je fais aussi attention à mon alimentation et je dors bien. Mais la coïncidence est frappante, et les études sur le renforcement immunitaire par le froid confirment que ce n’est sans doute pas un hasard. »

La communauté : une famille de l’eau froide

Le groupe de Lausanne

« Notre groupe de nageurs hivernaux à Lausanne compte aujourd’hui une quarantaine de membres réguliers. On se retrouve le samedi et le dimanche matin à Vidy, parfois à Ouchy ou à Saint-Sulpice. L’ambiance est extraordinaire : pas de jugement, pas de compétition, juste du soutien mutuel et des rires (souvent nerveux).

Il y a Bernard, 62 ans, ancien banquier, qui a commencé après un burn-out. Claire, 29 ans, infirmière, qui nage pour gérer son stress professionnel. Thomas, 55 ans, qui a découvert la nage après un cancer et dit que le froid l’a aidé à retrouver le contrôle de son corps. Chacun a son histoire, sa raison, et le groupe les accueille toutes. »

Les rituels

« Après chaque nage, c’est thé chaud et biscuits sur le rivage. On reste ensemble 30-40 minutes, emmitouflés dans nos peignoirs et nos bonnets. C’est dans ces moments que les amitiés se forgent. Le froid crée un lien particulier : avoir partagé cette épreuve ensemble génère une complicité impossible à reproduire autrement.

On a aussi nos traditions : le 1er janvier, nage collective pour le Nouvel An. Le solstice d’hiver, nage au lever du soleil (quand il daigne se montrer). Et chaque premier dimanche du mois, on accueille les nouveaux avec un parcours d’initiation progressif. »

Le Lac Léman : un spot exceptionnel

Les conditions idéales

« Le Léman est un lac extraordinaire pour la nage en eau froide. Son volume immense modère les variations de température : il ne descend jamais en dessous de 4,5-5°C et ne dépasse pas 24-25°C en été. L’eau est propre, les accès sont nombreux, et les paysages… les Alpes au sud, le Jura au nord, c’est une toile de fond incomparable.

Les températures du Léman au fil de l’année :

MoisTempérature moyenne
Janvier5-6°C
Mars6-7°C
Mai10-12°C
Juillet20-24°C
Septembre18-20°C
Novembre10-12°C

Mes spots préférés

Vidy : grande plage, accès facile, zone peu profonde pour les débutants. C’est le lieu de rendez-vous principal du groupe.

Ouchy : plus urbain, mais le cadre est magnifique avec le château en arrière-plan. L’eau est légèrement plus chaude qu’à Vidy en hiver (protégé des courants).

Saint-Sulpice : plus sauvage, moins fréquenté. L’eau est plus claire. Mon spot favori pour les nages solitaires en semaine.

Lutry : un bijou. Le petit port offre un accès protégé et les terrasses environnantes permettent de se réchauffer avec un café après la nage.

Si vous cherchez d’autres spots en Suisse, découvrez notre guide pour nager dans l’Aar à Berne. »

Les leçons de trois ans de nage hivernale

1. Le respect de l’eau

« Le Léman n’est pas une piscine. C’est un lac profond avec des courants, des vagues et des températures qui peuvent tuer. Je ne nage jamais seule en hiver, jamais sans m’être informée des conditions météo, jamais au-delà de mes capacités. La première règle est le respect. »

2. L’écoute du corps

« Certains jours, mon corps me dit non. Les jambes lourdes, la fatigue du travail, un début de rhume — ces jours-là, je ne nage pas ou je réduis drastiquement la durée. Le froid ne pardonne pas la présomption. »

3. La progression est personnelle

« Chaque personne a son rythme. Certains s’adaptent en quelques semaines, d’autres en plusieurs mois. L’important n’est pas la durée ou la température, c’est la régularité et le plaisir. Si vous n’aimez pas ça, ne vous forcez pas. Il y a d’autres chemins vers le bien-être. »

4. Le froid est un professeur

« Le froid m’a enseigné la patience, l’humilité et la présence. Il m’a montré que les limites que je me croyais sont souvent des constructions mentales. Et il m’a donné une communauté de personnes exceptionnelles que je n’aurais jamais rencontrées autrement. »

Comment me rejoindre

« Pour ceux et celles qui souhaitent essayer, voici mes conseils :

  1. Commencez en été ou en automne, quand l’eau est encore douce
  2. Rejoignez un groupe — la nage en eau froide est plus sûre et plus agréable à plusieurs
  3. Consultez votre médecin si vous avez des problèmes cardiaques ou circulatoires, comme expliqué dans l’article sur le bain froid et les maladies chroniques
  4. Investissez dans de bons accessoires : bonnet de natation en néoprène, chaussons, gants
  5. Et surtout, ne vous laissez pas intimider par le froid. Il est votre allié, pas votre ennemi

L’association Swiss Ice Swimming répertorie les groupes de nage hivernale dans toute la Suisse. Venez nous rejoindre — l’eau est froide, mais l’accueil est chaleureux. »

Découvrez aussi le comparatif des équipements de bain froid pour pratiquer chez vous, et notre protocole débutant pour une progression structurée.

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